Bilan Scientifique du pôle « gouvernance des entreprises familiales »
Le bilan scientifique du pôle « gouvernance des entreprises familiales » porte sur deux thématiques ayant trait respectivement à :
- La succession ,
- Les critères d’une bonne gouvernance
Ces recherches ont fait l’objet de financements contractuels de la part du Conseil Régional d’Aquitaine et de l’A.S.M.E.P.
La succession
(ou de façon plus large la transmission générationnelle) : représente un centre d’intérêt majeur tant pour le chercheur que pour le praticien dans la mesure où elle est non seulement le talon d’Achille des entreprises familiales mais qu’elle constitue pour elles une véritable épreuve à surmonter et à réussir dans la mesure où elle n’est pas dans la plupart des cas organisée.
Trois recherches principales caractérisent la période soumise à évaluation, le terrain d’études choisi étant principalement l’espace Aquitain.
- Entreprises éponymes d’Aquitaine : Une identité citoyenne au service de la gouvernance (recherche achevée).
La recherche menée, dans le prolongement des études consacrées aux entreprises familiales, s’efforce d’analyser les spécificités de gestion des entreprises éponymes -celles dont le nom correspond au patronyme de l’actionnaire majoritaire relatif et/ou du dirigeant-, ainsi que ses facteurs déterminants et les logiques sous-jacentes.
Une pluralité de méthodologies a été mobilisée :
- La mise en œuvre d’une méthodologie quantitative comparative. La méthodologie quantitative comparative intervient dans le traitement de l’influence de l’éponymie sur la performance et les pratiques de ressources humaines des entreprises, l’un des objectifs étant d’apporter une indication prédictive dans le cadre d’une politique d’aide régionale à la création/développement/transmission et de repérer des ensembles d’entreprises susceptibles de développer une efficacité supérieure.
- La mise en œuvre d’une méthodologie qualitative d’accès aux données associée à un traitement quantitatif. En raison de la nature exploratoire de certaines des questions de recherche proposées, des méthodologies de type qualitatif recourant notamment à des études de cas complètent les méthodes quantitatives, en particulier pour ce qui est de la relation gouvernance des territoires/gouvernance des entreprises, identité et politique sociale des entreprises éponymes et image des entreprises éponymes.
Les résultats montrent qu’il n’existe pas, entre entreprises éponymes et non éponymes, de différences statistiquement significatives de performance économique et financière. En effet, si les valeurs véhiculées sont la confiance, la loyauté, le respect, et si travailler en famille apporte de la stabilité à l’entreprise, le lien affectif qui lie l’entreprise à son dirigeant nuit à la qualité des prises de décision. En outre, les valeurs véhiculées sont le paternalisme et l’enfermement. Associer son nom à une entreprise peut en outre constituer une barrière à sa revente. Les entreprises éponymes peuvent ainsi être caractéristiques d’un faible dynamisme.
- Gouvernance et transmission des moyennes entreprises familiales : Une approche régionale et européenne comparative (secteur du bois et de la vigne) (Recherche en cours)
L’objectif principal du projet de recherche est de créer un outil de pilotage de la transmission des moyennes entreprises familiales du secteur de la vigne et du bois : un outil comparable à un « business model » de la transmission de ce type d’entreprises, déclinable par dimensions (humaine, financière, juridique, ….), et à géométrie variable pour appréhender finement les réalités du terrain. Ce projet généralise une autre recherche conduite sur les dynasties familiales dans les moyennes entreprises familiales du secteur viticole aquitain.
Plusieurs volets seront nécessaires à la réalisation de cet objectif :
- Le premier volet consiste à étudier l’influence comparée de la fiscalité des personnes sur les stratégies de transmission dans les moyennes entreprises entre régions européennes.
- Le second volet consiste à étudier les modalités financières des opérations de transmission dans les moyennes entreprises entre régions européennes.
L’approche méthodologique est originale à double titre : d’une part, en raison de son approche comparative ; d’autre part, parce qu’elle met en œuvre plusieurs formes de méthode de recherche.
La méthodologie adoptée est abductive, elle se fonde sur un aller retour systématique entre théorie et pratique pendant toute la durée du projet. Elle est aussi plurielle : quantitative et comparative pour isoler des points communs ou différences objectives entre les régions européennes concernées.
Les premières phases (état des lieux et diagnostic, impact de la fiscalité sur le patrimoine et la transmission) ont d’ores et déjà été réalisées. L’étude des montages juridico-financiers de la transmission est en cours.
Les travaux à venir aboutiront à la modélisation finale. Le modèle permettra d’établir des liens de causalité précis entre les différentes variables influençant les processus de transmission des entreprises. Il sera complété par l’analyse des données financières nécessaires à l’évaluation des conséquences des politiques de transmission sur la valeur des entreprises (performance économique - rentabilité économique, marge bénéficiaire, capacité d’autofinancement -, mais aussi performance financière - rendement des capitaux propres, retour sur fonds d’actionnaires, retour sur le total de l’actif -).
- Biais comportementaux dans l’entreprise familiale : antécédents et impacts (Recherche en cours)
En dépit d’un nombre croissant de recherches sur l’entreprise familiale depuis vingt ans, les comportements des acteurs familiaux n’ont guère été étudiés en profondeur. C’est un manque conceptuel évident quant à la connaissance des biais comportementaux des membres de la famille, leurs antécédents, leur impact et leurs mécanismes de gouvernance.
En considérant que l’acteur est actif avec des attentes spécifiques et une fonction d’utilité propre, les biais comportementaux peuvent être soulignés. Ainsi, contrairement au schéma largement répandu des trois cercles de Gersick, il convient d’ajouter un quatrième cercle « le cercle individuel » prenant en compte explicitement les préférences des individus-acteurs et leurs évolutions dans le temps, mettant ainsi en évidence les biais comportementaux qui peuvent en découler.
En mobilisant les travaux sur les biais émotionnels et cognitifs dans un contexte de gouvernance comportementale, on s’attachera à en comprendre le rôle stratégique et la perception biaisée des résultats dans l’entreprise familiale. L’altruisme du dirigeant sera en particulier, contrairement à une littérature dominante en la matière, interprété comme un biais comportemental susceptible d’engendrer des coûts d’agence affectant la performance de l’entreprise familiale. Cette thématique a donné lieu à des communications dans des colloques internationaux et fait l’objet de plusieurs publications qui sont en instance d’appréciation dans des revues internationales à comités de lecture.
Les critères d’une bonne gouvernance
Les recherches et travaux s’inscrivant tant à la fois dans une vision actionnariale c’est-à-dire qui ne prend en compte que les seuls actionnaires (shareholder governance) ou partenariale (stakeholder governance) c’est-à-dire qui intègre l’ensemble des parties prenantes.
Parmi les recherches les plus significatives achevées ou en voie d’achèvement on retiendra :
- La construction d’un indice actionnarial de bonne gouvernance des entreprises, une approche comparative des sociétés cotées européennes
D’une manière générale, les indices développés dans le cadre de la recherche économique et financière sont des indices statistiques (de type Laspeyres ou Paaches) ou composites (type Cac 40). Ce travail s’oriente quant à lui dans le développement d’un indice de scoring (ou de rating), assez similaire dans l’esprit à l’indice d’Herfindahl utilisé en économie industrielle.
Concernant l’aspect empirique de cette recherche, très peu d’études empiriques de grande qualité ont été effectuées sur des échantillons européens et américains, a fortiori en Europe. La réflexion porte prioritairement sur les sociétés cotées. Ces dernières font face à des obligations spécifiques en matière d’exigences de rentabilité, sont souvent détenues par plus d’individus qu’elles ne comptent de salariés et collectent des capitaux dans le monde entier. Le second fondement du travail est constitué par les interactions (droits et devoirs, comportements stratégiques) entre actionnaires. Le droit positif des sociétés reconnaît aux actionnaires des droits pécuniaires et extrapécuniaires. Mais notre approche confère à tout droit une valeur économique négociable sur un marché.
Cette recherche trouve ses fondements dans cette branche de la finance moderne, qui s’attache à effectuer la synthèse des écoles classiques et des nouvelles approches. La problématique générale de cette recherche conduit ainsi à démontrer qu’il existe différentes configurations de gouvernance, et que parmi ces dernières, certaines structures sont plus efficaces que d’autres. Est ainsi posé le problème de l’évaluation de la bonne gouvernance : celle qui maximise le surplus total de toutes les parties prenantes de la firme. L’interrogation centrale est celle de savoir si certaines structures juridiques de capital sont plus efficaces que d’autres, et cela peut être démontré. En partant du principe que l’homme est rationnel, le choix d’une structure juridique est lourd de conséquences. La problématique retenue s’inscrit ainsi dans le prolongement des travaux d’Oliver Hart (Ecole de Harvard) : si les droits conférés par les actions déterminent à terme la valeur de la firme, comment les propriétaires de l’entreprise vont-ils se servir de ce pouvoir ?
- l’influence de l’activisme des actionnaires minoritaires sur la gouvernance des entreprises françaises cotées, notamment familiales Cette autre recherche d’ampleur, à ce jour achevée donne lieu actuellement à des approfondissements supplémentaires .
L’objet de l’étude étant de savoir si un meilleur respect des critères de bonne gouvernance rendrait les sociétés moins susceptibles de subir l’activisme des minoritaires. La construction d’un l’indice de gouvernance et d’un indice de performance ont permis de rendre comparable un ensemble de sociétés hétérogènes.


